Samedi 1 août 2009
Il suffit parfois d'un rien insignifiant pour raviver des senteurs ou des vues plongeantes vers un paysage de roches et de végétation sèche et solidement arrimée à la terre insulaire. Dans un profond soupir de nostalgie et d'histoire apparaît de manière informe et indéfinissable cette substance puissante qui flotte sur les rocs de méditerranée. Quelques murs croulants ou élevés, granite, calcaire, vernis humide de chaux, poussière de ciste et nivéole d'automne, orages diluviens, ophiolites embaumées d'huile de cèdre, vapeurs ondulantes de chaleur, tout un monde de parfums d'où se dégage une réalité insaisissable et qui se refuse aux analyses. Lisez Braudel jusqu'à l'épuisement, buvez la prose de Lawrence Durrel et rêvez aux déambulations absurdes, saines, et vivifiantes de l'âme. La vie n'a aucun sens et à cette douce idée, cette absence tellement rassurante, on devine tout le  suc existentiel qui s'offre à l'humble marcheur, le modeste découvreur tout empreint des illusions de gloire, cette vertu souvent anonyme qui rend l'histoire profondément mélancolique. Cette beauté irréparable où se confond l'instinct et le logos, le sentir et le rationnel, ce mélange improbable qui rend l'humain à la fois détestable et merveilleux, cette capacité à douter de tout, à s'embellir dans la fange des moralités douteuses. La Méditerranée est l'alma mater de l'Homme, ce nombrilisme tellement réconfortant où l'on frémit à l'évocation des îles cassitérides et des tempêtes atlantiques, des bâteaux  toutes voiles déployées et filant droit au nord. Quels néologismes subtils aussi précis et infinis que de la poussière de safran les anciens dieux pourraient ils nous accorder pour définir et décrire les polyphonies viriles de certaines îles. Jetons tous ces fatras de marques identitaires superficielles dont notre société décadente pourrait faire l'économie. L'identité méditerranéenne ne se raisonne pas elle s'infiltre peu à peu dans votre organisme, sorte d'opium de Babel où s'unissent les vieilles tirades grecques d'Homère, les chants guerriers des confins arabiques ou des psaumes byzantins rendus plus intenses par la naphte des affrontements. Le doux chant patronymique de cette famille poitevine, les Lusignan, écoutez le à l'abri d'un oranger. Il évoque la mélodie d'un luth, la légèreté d'un sirop d'orgeat ou le chant d'un passereau apprivoisé voletant dans les méandres végétaux d'un jardin ronronnant de brise, d'eau et de soleil. La géographie des îles est à elle seule tout un programme. Tendez l'oreille ou l'oeil, selon vos affinités, et ouvrez ces sens vers les contours de la Corse, de la Sardaigne, de Malte, des Baléares, des îles Cycladiques, de la Crête, de Chypre et des îlots infinis qui méprisent avec hauteur l'inconsistance des nouveaux venus. Recueillez vous devant l'autel et asseyez vous tranquillement à côté du minbar, fermez ne serait qu'un instant les yeux et aggripez vous avec délicatesse vers les voix du passé, alors se profilera selon les caractères un demi sommeil ou une lourde interrogation. Quelle différence entre ce berger sarde inconnu de tous et la chevelure bouclée d'un jeune homme avide de voir le monde et de reposer sa couronne de feuilles de chênes en or. Le beau hasard de la navigation au gré des vents tièdes, une absence de cartes, la nécessité de voir la côte même d'un simple pouce et puis soudainement un virage à babord vers les flots improbables, cette centralité sans direction parsemée de points frêles ou massifs. La Méditerranée se découvre religieusement à la façon d'un compagon du tour. Elle est une ode à la fraternité, à l'amour et la haine, à la pudeur et la virilité, la frugalité et la chair, à la coulure diaphane des iris sombres, aux voix sonores, aux embrassades et aux silences, au déracinement nomade et casanier. Elle est une suite de mots sans corps, se dissolvant dans le sel marin et cristallisant dans les plaines littorales. Elle est ce souffle éolien et cette maigreur paludéenne, un tout atomisé entre des facettes  dissemblables mais imbriquées finement. Elle se rencontre dans l'astringence d'un marc de café à la cardamone ou dans le balancement indolent des branches de caroubier. Une paresse travailleuse où l'argent n'est là que pour intégrer cette pièce de théâtre délicieuse et terrible qu'est la vie. Nos sociétés s'appauvrissent, indifférentes aux bardes anciens, à l'exquise ignorance du peuple d'autrefois, ruisselant de sueur après avoir trainé quelques rocher investi d'une signification quotidienne. Les mouflons agités aux croupes virevoltantes et se réfugiant dans des hauteurs et recoins inaccessibles, cet idéal qui nous pousse à découvrir l'inutile diversité du monde, voilà qui n'a pas fini de stimuler les écritures créatrices d'horizons.


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Dimanche 19 juillet 2009
Toujours cette Italie du Nord dont la douceur de vivre est sans égale. Ferrare, une sorte de Toulouse en plus intime, plus calme (le centre historique, classé au patrimoine mondial de l'UNESCO est envahi par les vélos qui ont supplanté les voitures). La brique est omniprésente, de même que les terres cuites vernissées : Ferrare, en effet est bâtie sur le delta du Pô, recouvert de limons. Il n'en fallait pas plus pour l'exploitation de ce matériau si pratique faute de roche dure (les Apennins ne sont pas trop loin mais tout de même ...).
Les premières mentions remontent au haut moyen âge à l'époque lombarde et carolingienne (vers le VIII° siècle). La ville germe alors sous la forme d'un poste de guet, également à vocation commerciale (du moins probablement).
Impliquée dans les rivalités des autres cités médiévales, elle passe progressivement sous la domination d'une famille de condotierres : les Este. Dès lors la ville ne cessera de s'embellir, sera érigée en duché et finira par tomber dans l'escarcelle papale à la fin du XVI° siècle, s'endormant telles d'autres villes de province des états pontificaux.


Une vue d'une de la place principale avec la cathédrale sur la droite (dont un côté est bordé de petites échoppes). Ce quartier a subi des bombardements lors de la seconde guerre mondiale (je ne vous montre pas le côté gauche).


Une vue partielle de la façade de la cathédrale Saint Georges (le portail roman est un des plus beaux de l'Italie).



Une des rues de Ferrare avec ses maisons enduites de crépis de couleur. Le centre est réellement très reposant (quand à la gastronomie, pensez à ces délicieuses pâtes fourrées et aux vins qui les accompagnent).


Une vue du château des Este dont la construction et les remaniements s'étalent du XIV° siècle jusqu'à l'époque papale.

Cette partie de la ville fait partie d'un plan urbain conçu par l'architecte Biaggi Rosseti au début du XVI° siècle, sous la tutelle d'Hercole I d'Este et que l'on nomme pour cette raison l'addition herculéenne. Elle doit se concevoir comme un véritable projet utopique typique de la Renaissance. Urbanisme en damier avec en plusieurs points des édifices de prestige (voir la photo suivante).


La maison aux diamants (son nom vient de sa façade dont le relief taillé des moellons est caractéristique).


Un superbe palazzo en briques, terre cuite vernissé et entrée de prestige dont l'encadrement est en calcaire (ou probablement marbre).


Un exemple de façade illustrant bien les matériaux employés.


Un témoin d'un tremblement de terre vieux de quelques siècles (je ne me souviens plus de la date).


Encore un palazzo.





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Dimanche 19 juillet 2009

La cité génoise s'étend toujours au pied des montagnes ligures, n'ayant que le littoral pour s'étendre réellement ce qui explique la longueur démesurée de l'agglomération (plusieurs dizaines de kilomètres). Gênes est une ville industrielle qui s'est profondément ressaisi après quelques années de morosité. La farinata et le pain génois  viennent combler les estomacs gourmands et accompagnent les promenades au sein du centre historique génois (peu de restes médiévaux, mais un quartier classé au patrimoine mondial de l'UNESCO, la Strada Nuova, bordée de Palais des XVI° et XVII° siècle magnifiquement restaurés et qui accueillaient à tour de rôle les hôtes illustres de la République.
Vous l'aurez compris, Gênes doit sa célébrité à cause de son passé comme Etat maritime émergeant à l'aube du bas moyen-âge. Déja existante pendant l'époque romaine, Gênes se développa en tant que république marchande dirigée par une oligarchie de marchands. Fortement concurrencée par Pise qu'elle vainquit définitevement à la bataille de la Méloria en 1284, Gênes s'enrichit considérablement lors des croisades en transportant les croisés et pélerins. Elle mis en place un véritable empire maritime, sorte de thalassocratie dont l'un des barycentres était le quartier de Galata à Constantinoples obtenu en franchise auprès des autorités byzantines en plein déclin. Installé sur l'estuaire du Danube et à Caffa au nord de la Mer Noire (considére comme un lac Génois à la fin du moyen âge), Gênes s'installa également dans certaines îles de l'Egée, contrôlant ainsi des voies commerciales essentielles à l'occident chrétien. Pise vaincue, Gênes s'installa également en Corse (et provisoirement en Sardaigne vite reprise par les Catalans), île stratégique pour la défense de la Cité (mais coûtant plus qu'elle ne rapporte). En lutte avec Venise, la puissance génoise s'effrita à la fin du XV° siècle, et se tourna résoluement vers la finance. Un nouvel âge d'or allait commencer aux XVI° et XVII° siècle, en témoignent certains palais richement décorés de fresque et mobilier. Etroitement associée à l'Espagne, la république génoise allait disparaître sous le coup de Napoléon et fût finalement intégrée au Royaume du Piémont Sardaigne.


Une vue en bordure du port (on aperçoit quelques arcades très abondantes dans ce secteur, lieu de résidence de nombreux commerces populaires et guinguettes).


Une vue de la cathédrale San Lorenzo à la façade polychrome.


Une autre vue de cette même cathédrale.


Une vue de l'Office de Saint Georges, organe financier de la république qui dirigea directement la Corse du XV° au XVI° siècle.


Une vue de la place San Mattei (dont l'immobilier a je crois longtemps appartenu à la famille patricienne des Doria, nom éponyme du célèbre amiral du XVI° siècle).


Une autre vue de la même place avec un immeuble dans le même style.



Une église romane dans le style très épuré de l'époque.



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Dimanche 19 juillet 2009
Suffit-il de dire que le centre historique soit classé au patrimoine mondial de l'UNESCO pour résumer cette ville : difficile surtout si l'on se plonge dans le dédale d'aventures qu'a connu cette cité multiséculaire.
Fondée au VIII° siècle av. JC par des colons de Corinthe, elle devint au cours des siècles une des plus prestigieuse smétropoles de la sphère grecque attirant des hommes tels que Pindare ou Platon. Le célèbre Archimède (mathématicien et physicien) y a vécut au III° siècle av. JC.
Syracuse fût au centre des affrontements de l'antiquité entre spartiates, athéniens, étrusques, carthaginois et bientôt romains. Les Denis l'ancien, Agathocle et autres Hiéron figurent parmis les tyrans illustres de cette cité qui s'étendait de l'île d'Ortygie (reliée actuellement à la terre ferme par un pont) à un ensemble plus vaste sis sur l'île principale sicilienne. Sa puissance lui permit de bâtir des ensembles monumentaux dont certains vestiges subsistent.
Passant sous l'autorité romaine à l'aube du II° siècle av. JC, elle vit la mise en place du plus grand réseau de catacombes après Rome (en partie issus d'anciennes citernes et aménagements hydrauliques d'époque grecque). Les byzantins s'y implantèrent après les conquêtes de Justinie et y installèrent même pendant quelques années la capitale de l'empire (sous Constant II au VII° siècle ap. JC). Prise par des troupes arabo-berbères au IX° siècle ap. JC, elle fit partie d'un émirat prospère jusqu'à la conquête normande au XI° siècle. Son histoire rejoint ensuite  celle des luttes entre angevins et aragonais pour voir finalement l'installation durable des espagnols (voir histoire de Naples). Quelques jalons comme le tremblement de terre de 1693 (terre sismique que la Sicile au rendez vous des plaques africaines et européennes) qui contraignit les autorités à rebâtir la ville dans un style baroque auquel la pierre calcaire confère un vrai charme. Ville moyenne d'un peu plus de cent mille habitants, son centre semble respirer au rythme de la méditerannée qui la baigne de part en part (le beau marché de Syracuse avec ses poulpes, ses poissons de toute forme et aux couleurs moirées).


En arrivant sur l'île d'Ortygie, une vue sur le petit port.


Une vue des vestiges du temple d'Apollon datant du VI° siècle av. JC (à confirmer).


La place centrale avec sur la droite un début d'échappée vers la cathédrale.


Une autre vue de cette place sous le couvert nuageux.


La cathédrale baroque qui a la particularité d'aoir intégré dans ses murs latéraux les colonnades d'un temple grec antique. C'est saisissant et mes photos sont trop floues pour figurer ici.


Un exemple de rue, très fleuri et très tranquille.



Les balcons somnolents.


Une vue plus rapprochée d'un balcon avec cette apleur propre au style baroque.


La façade d'un palais datant de l'époque angevine ou aragonaise (XIII° ou XIV° siècle).




La fontaine d'Aréthuse, envahie par les papyrus.



Une vue de la Méditerranée baignant les côtes syracusaines.


Un superbe fossile d'échinide (oursin) datant probablement du miocène.


Une vue du théâtre antique dont la taille surpasse celui d'Epidaure en Grèce et où de nombreuses tragédies furent jouées à l'époque antique.
Le site comprend également non loin un amphithéâtre romain et des carrières (les fameuses latomies ou travaillèrent des prisonniers athéniens à l'époque des guerres entre Athènes et Syracuse).





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Dimanche 19 juillet 2009
Ce blog s'éveille à nouveau à la vie et reprend ses voyages dans l'Italie avant de vous emmener sous de nouveaux cieux à l'autre bout de la Méditerranée, à savoir l'île de Chypre ( pour quelque temps) : nous retrouverons les grecs et découvrirons les turcs.
Mais avant tout ceci, il serait dommage de ne pas se replonger dans les méandres urbains de Pompéi, site tout à fait étonnant et pour lequel le temps me manque. Je ne peux tout vous conter à part quelques jalons et vous renvoie aux innombrables ouvrages écrits à propos. N'ayez crainte, les photos (pardonnez le manque de vues des fresques : mon habileté en photographie n'est guère encore à la hauteur et le temps execrable qu'il fit ne permit pas de s'aventurer dans les délices de l'art) sont nombreuses et viendront aisément compenser mes litanies historiques ou morales.
Chacun se souvient du récit de Pline le Jeune, dont l'oncle (l'auteur de "l'histoire naturelle") commandant de la flotte de Misène perdit la vie à cause de sa trop grande curiosité. En effet, l'éruption du Vésuve tout proche fût à l'origine d'un vrai cataclysme (d'ailleurs vous comprendrez facilement le terme d'éruption "plinienne" donné à cette éruption explosive causée par des vaporisations d'eau soudaines provoquant la rupture brutale de l'encaissant rocheux). La ville fût ensevelie sous des mètres de scories, lapillis, cendres en 79 ap. JC. Un tremblement de terre en 62 ap. JC avait provoqué des dommages importants déjà, sans que tous les dégats soient encore "cicatrisés" au moment de l'éruption.
Pompéi prend son origine probablement au VIII° siècle av. JC chez les osques, peuple montagnard dont le domaine d'influence s'étendait sur une bonne partie des appennins du sud. La ville changera de main à maintes reprises passant des osques aux étrusques, aux grecs, aux samnites puis aux romains (l'ordre n'est qu'approximatif). Elle deviendra une ville florissante, une ville de villégiature pour les romains fortunés, sorte de station balnéaire pour l'époque.


Une vue d'ensemble, vous constater la préservation remarquable du bâti (même si de nombreuses restaurations ont eu lieu depuis plusieurs décennies). Le site archéologique fût découvert à l'époque des bourbons de Naples au XVIII° siècle et depuis les fouilles n'ont pas cessé.



Une rue pavée de roche volcanique avec ses trottoirs et ses maisons.


Une des multiples fontaines que compte la ville (le réseau d'adduction d'eau était très ingénieux et a donné lieux à plusieurs études).



Un thermopolium, autrement dit une auberge. Les cavités abritaient de la nourriture


Une autre rue de Pompéi.



Des exemples d'entrée au sein des maisons : le célèbre cave canem ("attention au chien") en pavage de mosaïque.



L'intérieur d'une maison dont le plan est très codifié (héritage des maisons de tradition hellénistique) avec un atrium central ouvert qui permettait de recueillir l'eau au sein d'un impluvium (bassin central). Autour couraient des pièces (chambres, triclinium, c'est à dire salle à manger, etc.) avec un jardin attenant.


La célèbre Vénus à la coquille dans un jardin de maison.


Cette petite construction est un laraire, autel familial à l'intérieur d'une maison où l'on rendait hommage aux dieux lares (dieux du foyer) et si je ne me trompe également aux ancêtres.



Nous sommes à l'extérieur des murailles de la ville au sein d'une voie qui longe la nécropole (chez les romains, les non vivants étaient installés en dehors du pomerium, c'est à dire l'enceinte sacrée de la ville). Des tombes imposantes, dénotant la présence de riches patriciens.


Une vue de la palestre (immense).


Changement d'ambiance, nous sommes au coeur de la ville à l'urbanisme beaucoup moins en damier, vestige de l'époque osque. Le quartier était apprécié des hommes (voyez la photo suivante).


Nous sommes en effet dans une "maison close" avec pour chaque salle une fresque très vive et très univoque (ce sont des reproductions si je ne me trompe pour cause de préservation des originaux). Les lits en roche sont encore visible mais mes photos sont trop floues.


Les vestigres d'une boulangerie avec le four à pain à gauche et les meules à droite.


Une vue du forum avec en arrière plan le Vésuve en partie caché par les nuages.



Une vue des abords du forum (pardonnez l'indigence de mes descriptions mais je n'ai plus en tête le qualificatif de chaque vestige).


Une vue qui permet de comprendre la configration du site : en effet Pompéi est construite sur un plateau volcanique dont les abords ont été aménagés en jardins.

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